Tamazight

Tamazight : Quel prolongement pour l’officialisation ?

 

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Le Journal officiel (JO) vient d’être publié sans sa version amazighe. La constitutionnalisation de tamazight comme langue officielle consacrée par la nouvelle Loi fondamentale ne trouvera pas de sitôt son prolongement dans la pratique. A commencer donc par la transcription du JO mais surtout par la généralisation de tamazight dans le système scolaire qui est l’une des ambitions du Haut commissariat à l’amazighité (HCA). Le HCA compte atteindre 32 wilayas à la fin de cette année. En attendant, nous en sommes à 22 wilayas et 277 176 élèves.

Tamazight sera enseignée à Illizi, Adrar, Ain Defla, Ghardaia, Béchar, Sidi Bel Abbes, Relizane et quelques autres wilayas du pays. Dans le lot est compté, par exemple, Tlemcen où cette langue n’est enseignée que dans quatre établissements scolaires dans toute la wilaya. La généralisation a été réalisée une première fois en 2015 dans «toutes les communes» de Tizi Ouzou, la seule à l’être pour le moment. Et c’est essentiellement elle qui gonfle les statistiques. Sur les 2101 enseignants de tamazight recrutés dans les 22 wilayas, un millier  exerce à Tizi Ouzou. Béjaïa, elle, reste à la traîne. A peine la moitié des établissements scolaires assure l’enseignement de cette langue mais dans une discontinuité problématique qui fait rencontrer dans une même division des collégiens initiés à cet enseignement au primaire et d’autres qui le découvrent. La généralisation ne devra pas y intervenir avant deux ans selon les projections du HCA.

De l’avis même de Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, l’enseignement de tamazight «est décousu» et rencontre des obstacles. Ceci fait que le taux national est à peine de 15%. «Notre priorité à court et moyen termes est d’assurer une généralisation modèle dans quelques wilayas comme Béjaïa» a affirmé Si El Hachemi Assad, lors d’une récente conférence de presse dans cette dernière.

A la première année de l’introduction de tamazight dans l’Education nationale, en 1995, après la grève du cartable, la nouvelle matière a concerné un total de 37 690 élèves, dont 21 % à Béjaïa pris en charge par à peine 48 enseignants. La nouvelle matière étant facultative, le nombre des élèves intéressés dans la wilaya a baissé notablement pendant trois années scolaires, en 1998, 1999 et 2004. Le repli a aussi touché le corps enseignants. Aujourd’hui, 21 ans plus tard, Béjaïa compte le menu chiffre de 540 enseignants de tamazight pour 68 341 élèves. A suivre le décompte d’un inspecteur en tamazight, Béjaïa a un déficit de deux milles enseignants pour couvrir la totalité des 5229 classes, tous paliers confondus. Ce déficit existe au moment où 3 500 diplômés de quatre départements de langue et culture amazighes du pays sont au chômage.

Par quel moyen se fera la généralisation ? De tout temps, c’est aux directeurs de l’éducation que revient la prérogative d’exprimer les besoins en postes budgétaires de leur wilaya.

Pour le compte de l’année scolaire passée, le ministre de l’Education nationale a ouvert 19 000 postes budgétaires à l’échelle nationale. Les directeurs de l’éducation du pays ont estimé nécessaire de ne demander que 209 postes pour tamazight, ce qui a fait d’ailleurs sortir dans la rue diplômés et défenseurs de la langue. L’officialisation de tamazight imposera-t-elle un quota à la hauteur de la constitutionalité de cette langue ? Pour le moment, «la ministre refuse de parler de quota parce que tamazight est une matière comme les autres» répond Si El Hachemi Assad.

Le HCA, qui opte pour une approche qu’il veut pragmatique, projette d’aller vers une généralisation verticale, en priorisant le primaire avant de passer aux paliers supérieurs.

«Pourquoi pas le préscolaire !» suggère même le SG du HCA qui estime qu’avec cette officialisation «nous devons travailler pour permettre à tamazight de rattraper le temps perdu en matière de recherche, de développement, d’enseignement et de diffusion du produit culturel». Dans cette optique, il est annoncé l’ouverture d’une première section PEP (professeur d’enseignement primaire) en tamazight à l’ENS de Bouzaréah l’année prochaine et le lancement du fil APS en tamazight, et qui est déjà fonctionnel dans les trois graphies. «La polygraphie est le choix de l’Etat» précise Si El Hachemi Assad qui considère qu’il reviendra à la future académie de trancher la question. Au-delà de cet aspect scientifique, «l’amazighisation» de l’environnement est aussi une exigence. Le HCA parle, à ce propos, de l’ «adoption d’un répertoire national relatif aux enseignes, frontons et hiérarchisation des voies publics». A cela s’ajoute la traduction vers tamazight «des messages d’accueil dans les différents moyens de transport».

K. M.    

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