Algérie, Bejaia, Justice, Politique

L’APC de Toudja en crise : Le PT «perd» son unique maire à Béjaïa

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L’APC de Toudja ne semble pas avoir repris toute sa sérénité, quelques jours après ce qui s’est passé lors de la dernière protestation de rue. Pour cause, l’on est encore sur la braise, dans l’attente de ce que révélera cette affaire de justice qui a donné « de l’essence » aux événements. Beaucoup de personnes, dont les élus et le SG de la commune, ont été entendues comme témoins par la gendarmerie et le magistrat du tribunal de Sidi Aïch qui a instruit, en février dernier, ce dossier de faux et usage de faux et qui risque d’être enrôlé en pénal. Le P/APC, M. Hassissi Idir, 75 ans, est l’unique maire aux couleurs du parti des travailleurs dans la wilaya de Béjaïa.

Le parti de Louiza Hanoune a fait, à travers son élection, un premier pas dans la conquête de l’électorat bougiote. Un pas, le moins que l’on puisse dire, laborieux. Mais aujourd’hui, le PT ne dit mot sur le cas de son unique maire. M. Hassissi a été mis sous contrôle judiciaire une première fois avant que la justice ne lève cette mise en examen. Et dans cette attente du verdict, le wali a signé, le 7 mars, un nouvel arrêté chargeant le chef de la daïra d’El Kseur de se substituer au P/APC qu’il a suspendu une dizaine de jours plus tôt, par un arrêté promulgué le 24 février. Le même chef de daïra s’est substitué une première fois, sur un autre arrêté du wali signé le 3 février, à toute l’APC pour s’occuper des « affaires pendantes que l’assemblée ne peut pas traiter » du fait du blocage. Une substitution que, soit dit en passant, le reste des élus rejettent, demandant que soit désigné un autre P/APC.

L’arrêté de suspension, le concerné aurait refusé de le recevoir des mains du chef de la daïra, comme dénoncé, auprès du wali, par les six élus (deux de chacun des partis du RCD, FFS et FLN). Le même jour, un mouvement de protestation a vite pris forme, mené par les partisans du P/APC suspendu qui exigent que soit annulé l’arrêté de suspension. Le mouvement a viré à une prise d’otages inédite dans les annales des collectivités locales. Venu parlementer avec les manifestants, au quatrième jour de leur mouvement, le chef de la daïra d’El Kseur, en compagnie de son SG, ont été tout simplement faits otages cinq heures durant.

Le temps que le P/APC revienne de chez le chef du cabinet du wali. La foule les a mis à l’intérieur du siège de l’APC et a fermé la porte derrière eux. Ils ne seront relâchés que sur « assurances » du maire que la prise en charge de leurs doléances, dont la principale est la réhabilitation de celui-ci, est en bonne voie. Ce que viendra contredire d’un coup, la récente décision de sa substitution. Une façon d’enfoncer le clou avec le marteau de la loi. La rue s’est, cette fois-ci, tue. Comme assommée. Tout ceci s’est passé alors que la justice enquête sur des accusations de faux et usage de faux que porte une demi douzaine d’élus à l’encontre du P/APC.

Le faux concerne le procès-verbal et les extraits de délibération d’une session tenue le 14 octobre 2008. Cinq points ont figuré à l’ordre du jour de cette session. Les six élus en opposition n’ont accepté d’en approuver que deux, soit ceux concernant les salaires du personnel et les indemnités d’un adjoint au maire. Une « exception » qu’ils concèdent pour le caractère social que présentent ces deux points, disent-ils. Pour le reste, ils continuent à subordonner tout à la signature du PV de la session du 28 juillet de la même année et que M. Hassisi refuse de faire. En juillet, les deux parties avaient buté sur un point de discorde : l’inscription à l’ordre du jour du problème d’exploitation de l’eau de Toudja par des vendeurs.

La deuxième session, comme la première, s’est terminée en queue de poisson. Levée avant que soit approuvé l’ordre du jour. Pourtant, un PV a été établi, un faux. Il a repris les cinq points et conclut que : « l’assemblée, après délibération, approuve à l’unanimité ce qui a été proposé par son président. » Suit la signature et le paraphe du président de l’APC, M. Idir Hassissi. Aucune mention au secrétaire de séance. Théoriquement, une telle tache devrait être assurée par le secrétaire général de la commune. Entendu comme témoin par les enquêteurs, celui-ci dégage toute responsabilité « sur l’irrégularité du PV et des extraits de délibération datant du 14/10/2008 ». Mieux que cela, selon notre source, il témoigne que « durant la session du 14/10/2008, aucun des points inscrits à l’ordre du jour n’a été discuté par les membres de l’APC.

La séance a été levée par le président de l’APC avant même que cet ordre du jour n’ait été approuvé ». Un témoignage accablant. Le P/APC se défend, bien sûr. Il répondra à un écrit du chef de la daïra qui l’a saisi au sujet de la fausse délibération pour lui signifier, on ne peut plus clairement, « qu’il n’est pas de (ses) habitudes ou de (ses) antécédents de faire dans le faux et usage de faux ».

Mais, l’« éclaircissement » ne s’arrêtera pas là, ajoute notre source. « Néanmoins, permettez moi, M. le chef de daïra de vous rappeler que les délibérations n°34 et n°36 à 39 du 14 octobre 2008 ont été rédigées et soumises à votre approbation sur vos ordres que vous m’avez signifiés durant l’entretien qui a eu lieu dans votre bureau en date du 20 octobre 2008 ; suite à la fermeture du siège de la commune pendant 4 jours due à la grève du personnel réclamant son salaire » écrit le P/APC au chef de la daïra d’El Kseur, avec copie au wali. Une affirmation qui sera contredite par le contenu d’une autre correspondance faite, celle-ci, par le SG de la commune qui a été chargé, est-il écrit, par le chef de la daïra d’établir, plutôt que la série des délibérations suscitées, « une délibération d’ouverture de crédits permettant le paiement des salaires du personnel en grève le 15/10/2008 ».

Autant de documents dont il est laissé le soin à la justice de faire son travail. Tout comme, laissent supposer les défenseurs du maire, elle aura à juger de l’authenticité de la signature du faux PV. Une question se pose : un élu du peuple peut-il être « ordonné » par un chef de daïra ? M. Rezibioune Brahim a pris ses fonctions en tant que chef de la daïra d’El Kseur le 19 octobre. Le wali, M. Ali Bedrici, le désignera comme substitut de l’APC de Toudja quatre mois plus tard, soit le 24 février dernier. « Ainsi, écrit aussi le P/APC, n’ayant agi que sur vos orientations, je vous fais retour des extraits de délibérations susvisés en vous priant de bien vouloir les approuver ».

Selon notre source, l’approbation demandée n’a pas eu lieu. Si, au vu de ce qui a précédé, il est loisible de dire que les rapports entre l’édile communal et le chef de daïra ne sont pas au beau fixe, entre le P/APC et M. Kamel Hamdiken, le SG, le torchon brûle. Mais l’édile ne fera pas sienne la revendication du départ du commis de l’Etat. Les manifestants s’en chargeront lors de leur action de rue qui les a menés à fermer même les deux principaux chemins de wilaya qui desservent la localité. Leur mobilisation, nous la vérifierons à nos dépens lorsqu’un coup de téléphone, d’un des meneurs du mouvement, nous a fait sursauter du lit à 7h du matin, pour nous apprendre que la protesta est en marche.

En attendant l’issue de cette affaire, le P/APC fait valoir le soutien d’une partie de la population, qui reste, toutefois, à l’écart des arcanes de l’administration communale et des secrets des formalités procédurales. Elle semble n’en avoir cure. L’association socioculturelle du village Isbikhen, douar Abrares, nous a remis une déclaration de soutien au maire déchu expliquant qu’il est « jusqu’à preuve du contraire le seul à vouloir nous aider dans nos démarches pour faire sortir notre village du martyr dont il souffre depuis 1962 ».

Dans l’ombre de cette crise, Tala Hiba, Bouhatem, Tardem, Ifrane, Chorfa, Souk El Djemâa, et le reste de la soixantaine de villages et hameaux de Toudja continuent de vivoter dans le dénuement.

K. Medjdoub

Le P/APC : « je ne me laisserai pas faire »

Joint au téléphone, le président de l’APC de Toudja, M. Hassissi Idir, s’est montré remonté contre ses détracteurs. Il crie au complot. Nous lui avons proposé d’en discuter. Il a accepté de nous rencontrer mais nous l’avons longuement et vainement attendu. Il n’est pas venu au rendez-vous que nous nous sommes fixés. « C’est une histoire montée de toutes pièces. La justice est en train de faire son travail. Je ne me laisserai pas faire et j’écrirai au président de la république ». Voilà l’essentiel de ce que nous avons pu retenir de notre courte discussion téléphonique avec M. Hassissi.

Par K. M.

(El Watan.com 14 mars 2010)

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