Bejaia, Economie, Hotellerie, Tourisme

Hôtellerie à Béjaïa (1) : Quel devenir pour Yugarithen palace ?

sl370334.jpg (Photo K.M.)

Sur les cartes postales de la ville, l’édifice accroche les regards. Une belle structure dédiée au tourisme d’une douzaine d’étages et d’un aspect architectural plutôt singulier qui s’offre deux splendides vues ; l’une sur la verdoyante montagne de Gouraya au pied de laquelle elle a poussait et l’autre sur l’immensité de la Méditerranée. Un luxe à deux faces. C’est un « palace » dont beaucoup à Béjaïa ignore même l’existence. Et pourtant, cette bâtisse construite au bout du chemin de la brise de mer, avant de tourner vers les oliviers, en est un. Du moins théoriquement.

Dans les projections, Yugarithen palace est en tout cas un hôtel de luxe construit à l’extrême ouest de la ville de Béjaïa, un endroit voué à un avenir touristique florissant. Il est conçu pour conquérir le domaine vierge de l’hôtellerie de luxe en s’offrant 5 étoiles. Travaux suspendus, inexploité, l’hôtel qui s’est élevé dans le ciel n’en aura même pas une.

Le projet est plombé, bloqué par la proximité d’un pipe-line plongé dans le port pétrolier d’en face. Une longue bataille juridique est engagée et continue à ce jour pour tenter de le débloquer. Un arrêt a été rendu par le conseil d’Etat remettant en cause une procédure qui s’est appuyée sur un verdict favorable de la cour de Béjaïa et qui a permit d’entamer et de terminer l’essentiel du chantier. Aujourd’hui, le promoteur, au même temps qu’il fait garder l’hôtel, continue de demander la correction d’une « faute » judiciaire. Déplacer le pipe-line, le sécuriser davantage ou faire une croix sur un hôtel qui a couté plus de 4 millions de dollars US ? Dilemme.

Il y a plus de 20 ans, un restaurant partageait avec quelques autres constructions adjacentes ces lieux paisibles que la clientèle finira par moins fréquenter avant d’en faire aujourd’hui un lieu prisé. Les plus de 16 000 m², bâti et non bâti, passeront au patrimoine de M. Laâlaoui Mahmoud, le nouveau propriétaire, et non moins patron d’un groupe industriel dont l’entreprise ML tours, mise sur pied en 1999 pour réaliser et gérer des investissements dans la promotion touristiques. L’objectif était de créer à long terme une chaîne hôtelière et Yugarithen palace devait servir de projet inaugural. Pour sa réalisation, le terrain urbanisé de la brise de mer s’y prête parfaitement. M. Laâlaoui en obtiendra le titre de propriété au début 1998. L’agence de l’investissement signera le décret d’octroi du privilège en janvier 1999 et un concours d’architecture sera lancé. Avant cela, un dossier ficelé pour une demande de permis de construire sera déposé auprès de l’APC qui en accusera bonne réception en avril 1998. Curieusement, elle n’en donnera pas suite. Ni dans les délais réglementaires ni au-delà.

En mettant en avant l’article 43 du décret 176/91, accordant à l’APC un délai de trois mois pour répondre, l’investisseur s’en plaindra auprès de la justice 15 mois plus tard et en obtiendra gain de cause. La chambre administrative prés la cour de Béjaïa l’autorisera, par un arrêt prononcé en avril 2000, à construire son hôtel en donnant force de loi à cet arrêt qui tient lieu d’un permis de construire si l’APC, qu’elle a obligée à l’établir, ne s’exécute pas. Et, justement, elle ne s’exécute pas. L’arrêt de justice prononcé, le chantier pouvait alors démarrer.

L’investisseur obtiendra, des services de l’APC elle-même, l’autorisation de démolir le restaurant et celle de fermer la voie publique pour les besoins de cette démolition. Sortie de terre, la structure a alors poussé pour prendre totalement sa forme quand tombe une nouvelle qui dicte la suspension des derniers travaux. L’APC a contesté l’arrêt de la chambre administrative prés la cour de Béjaïa et a pu avoir gain de cause du conseil de l’Etat qui a fini par annuler ce premier jugement. La commune a introduit un pourvoi en cassation auprès du conseil de l’Etat en juin 2000, soit deux mois après que soit prononcé l’arrêt de la chambre administrative. Mais, M. Laâlaoui dit n’avoir eu vent de ce pourvoi que très tard, quelques années après le démarrage du projet de construction et à quelques mois de sa réception totale. « Nous avons suspendu de nous-mêmes le chantier, parce que sans permis de construire nous ne pouvons pas avoir de registre de commerce » nous affirme-t-il. Et sans registre de commerce pas d’exploitation d’hôtel. Le chantier s’arrête alors pour que commence une longue bataille juridique.

L’APC estime que la délivrance d’un permis de construire pour ce genre de construction ne relève pas de ses prérogatives mais de celles des autorités supérieures. Elle fait valoir à ce propos la loi 29/90 du 01/12/1990 et avance aussi l’argument que le projet est situé dans une zone protégée parce qu’abritant un pipe-line. « Une contraction ! » crie l’investisseur qui estime qu’en prenant la peine de consulter « quatre mois après le dépôt de la demande d’autorisation » les services des Mines et de l’industrie (DMI) et ceux de l’urbanisme, l’APC confirme sa compétence à délivrer le permis de construire demandé. L’assemblée communale aura en tout cas gain de cause lorsque la troisième chambre du conseil d’Etat annulera l’arrêt de la chambre administrative de Béjaïa. Cette haute juridiction, qui a pris ainsi en considération l’avis de la DMI, mentionnant la proximité du pipe-line, a donc accepté le pourvoi en cassation que l’APC a introduit « hors délai réglementaire ». Un dépassement de délai qui est « en contradiction avec le code de procédure civile » estime l’investisseur qui tente de sensibiliser le conseil de l’Etat sur ce qu’il estime être une « faute » dont il ne cesse à ce jour de demander la correction.

Une première requête sera introduite en septembre 2004 que le conseil rejettera en mars 2005. M. Laâlaoui en fera une deuxième, puis une troisième, puis une quatrième….et cela dure jusqu’aujourd’hui. Toutes les requêtes seront rejetées systématiquement et la dernière en date remonte à décembre 2008, toutes pour le même motif de délai dépassé parce que pour le conseil d’Etat il ne peut y avoir de pourvoi plus d’une année après la notification du premier arrêt. Sauf que, pour l’investisseur, il y a un vice de forme : la notification du pourvoi en cassation de l’APC n’a pas été faite à son adresse. Il se défend de n’avoir pris connaissance  de cette action qu’en août 2004, soit un mois avant qu’il ne s’en remette au conseil d’Etat qui n’accédera pas à sa demande d’annuler l’arrêt d’avril 2003, même en attirant son attention que l’APC a eu à signer des permis de construire pour des établissements à caractère touristique et qui plus est dans la même zone que celle de l’hôtel en question.

A argument juridique, contre-argument juridique. Et parce que ces arrêts rendus par le conseil d’Etat ne sont pas définitifs, cette situation dure à ce jour. Et le mécanisme semble tourner dans le vide. Ni autorisation de continuer, ni décision de démolir. Le devenir de Yugarithen palace est en suspens. En attendant une solution définitive, des millions de dinars y dorent.

Kamel Medjdoub

In El Watan Economie

du lundi 6 au dimanche 12 juillet 2009

Une réponse à “Hôtellerie à Béjaïa (1) : Quel devenir pour Yugarithen palace ?”

  1. Le 13 juin 2012 à 8:12 Brouk a répondu avec... #

    C’est vraiment lamentable pour la ville de bejaia !! Une
    Chance inouie se présente pour une fois dans leur vie ,des hommes
    D’honneur essaye d’avancer et de grandire et embellir ce payer pour
    Qu’on soit fière !!! Mais non y a des abruties qui forcément
    Sont jaloux ni plus ni moins !! Ce qui prouve que ça restera un payer
    De merde malheureusement !!! On rit bien de l’autre côté !!
    Le seul hic je plaint M lalaoui pour l’investissement qui l’a fait pour
    Pour son propre payer et qui lui tourne le dos bravos bejaia !!!

Ajouter votre réponse

La QUENELLE |
Accueil du site |
M. Leduc, prof d'Histoire-G... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | les châteaux de la Manche
| AVEC FO
| mikebrantuvie5