Bejaia, Economie, Tourisme

Saison estivale à Béjaïa: Trop « chers » les accès et les postes de secours

27169246325f6712d0b3.jpg (photo K. M.)

A premières grosses chaleurs, premières bronzettes. A Béjaïa, comme ailleurs sur la côte algérienne, on n’attend pas le coup d’envoi officiel du début de la saison estivale pour plonger dans son ambiance. Les plages ont reçu les premiers contingents de baigneurs avant même que le dispositif officiel d’accueil et de sécurité ne soit installé par les autorités. Il le sera cette année le jeudi 4 juin, à partir de la plage d’El Maghra, commune de Boukhelifa. 34 plages seront autorisées à la baignade tandis que 11 resteront interdites pour des raisons qui ne cadrent pas avec l’ambition affichée du secteur du tourisme.

 

El Maghra a été choisie la saison pour servir de plage pilote dans l’expérimentation d’un programme de développement spécial qu’avait tracé le ministère de l’aménagement du territoire, de l’environnement et du Tourisme. Le programme devait injecter un budget spécial de 25 millions de dinars pour financer tous les aspects d’une meilleure saison estivale.

A l’échelle nationale, le défi de la nouvelle option était de rendre le tourisme algérien générateur de richesses et capable de contribuer au développement national et au produit intérieur brut.

Une année après, El Maghra a-t-elle profité de son statut de plage pilote ? Nous avons posé la question au premier responsable de la commune de Boukhelifa, M. Djahnine Salah. « Non » nous répond-il. « J’ai eu la même subvention que les autres communes côtières. Or, on devrait avoir plus. La plage d’El Maghra, qui fait le plein, demande une meilleure prise en charge » ajoute M. Djahnine. La commune dispose de six plages. Toutes autorisées à la baignade cet été, après la « récupération » des plages du club hippique et El Djabia. El Maghra, longue de 1200 m, peut se targuer d’avoir un accès goudronné. Presque un luxe. La preuve ? En tout et pour tout, huit accès seulement sont bitumés. Le bout de route d’El Maghra, par exemple, a coûté la bagatelle de 6 millions de dinars que le trésor public ne semble pas prêt à débourser pour le reste des accès non revêtus et dont la longueur de chacun ne dépasse pas, dans leur majorité, les 200 mètres. Les plages d’El Djabia et du club hippique, entre autres, n’en disposent pas. La maigre trésorerie de la commune est telle qu’elle ne peut pas prendre en charge la réfection de leurs accès dégradés. Les services des travaux publics devront s’en charger tandis que pour les accès de dix autres plages dans la wilaya, des fiches techniques ont été élaborées pour une « éventuelle » prise en charge par des tiers. Il s’agit de trouver le financement pour la réhabilitation de 8000 mètres linéaires d’accès impraticables aux plages de la wilaya. Pour cette saison estivale 2009, uniquement 3500 ml d’accès sont en bon état, alors que 5400 ml sont dans un état acceptable, selon les chiffres de la direction du tourisme. C’est surtout faute d’absence de postes de secours que 11 plages sont interdites à la baignade. Mais combien coûte un poste de secours ?

Préparation débrouillarde

« 83 millions de centimes en préfabriqué » nous répond M. Allouti Mokhtar, le P/APC de Melbou, commune de 12 km de côte. Trois de ses sept plages ne sont pas « sécurisées » et dont une pour absence de poste de secours. « Nous n’avons pas les moyens de le faire » nous explique-t-il. La plage de Tassift, à Tichy, n’en est également pas pourvue. La raison ? « Nous n’avons pas reçu le budget qu’il faut pour pouvoir l’ériger » nous répond le président de l’APC de Tichy, M. Hamid Aïssani. Un poste de secours, qui peut aussi être une modeste construction en dur, est à financer sur fonds de wilaya ou sur PCD. Un problème d’argent ?

L’année passée 800 000 DA ont été accordés pour l’érection d’un poste sur la plage de Oued Djemâa, à Aokas. 14 mois plus tard, cette plage n’est toujours pas ouverte. Pour le wali, ce n’est pas « seulement un problème d’argent mais d’effectif aussi ». « Il s’agit d’y mettre des agents de la protection civile en nombre suffisant » a-t-il expliqué, mercredi dernier devant les élus de l’APW. Et à la protection civile de Béjaïa, qui a bénéficié d’un insuffisant quota de 450 postes vacataires saisonniers, les moyens manquent.

Déficitaires, les communes fonctionnent, quant à elles, par des subventions d’équilibre. « L’année passée, nous avons reçu 6 millions de dinars sur PCD et budget de wilaya. Cette année, à peine 2 millions » affirme M. Aïssani. Cette coupe budgétaire a aussi concerné, entre autres communes, Boukhelifa et Melbou. De ce fait, à maigres moyens, « préparation débrouillarde ». Les deux millions serviront à peine pour l’achat de consommables (peinture, poubelles et sachets, appareillage électriques, fanions pour pavoisement….). Ils sont loin de permettre de ponctuer les six kilomètres de plages de Tichy, comme le souhaite l’APC, de toilettes publiques du genre de celles visibles dans la ville de Béjaïa, acquise à 200 000 DA l’unité. « Nos moyens limités nous en empêchent » regrette M. Aïssani. Faute de sous, les APC acceptent des demandes émanant de jeunes pour l’installation de « sanitaires » de fortune. Sans cela, l’absence de toilettes et de douches sur les plages restera une des insuffisances de toutes les saisons estivales. Et tant pis pour l’environnement, ce gros souci qui pèse sur le plan d’action estival des collectivités. « En été, le gros de nos activités se limite à collecter les ordures » nous dit, à ce propos, M. Aïssani. Ce sont 120 tonnes à ramasser journellement avec « les moyens de bord ». « J’ai réclamé plusieurs fois vainement une benne-tasseuse » rappelle, de son côté, M. Djahnine, le P/APC de Boukhelifa. Faute de benne-tasseuse, il recevra, au même titre que ses collègues du reste des communes du littoral, …200 sachets de la part de la direction de l’environnement pour servir de poubelles sur les plages. « Consommables en une journée » précisent M.M. Aïssani et Djahnine. L’APW est venu en rescousse par une dotation affectée à l’acquisition d’une cribleuse pour chacune des communes côtières. Une bouffée d’oxygène pour des communes que le manque de finance étouffe.

« À Tizi Ouzou, qui n’a que sept plages, on a déboursé 17 milliards de centimes pour leur aménagement. Chez nous, il n’y a aucun aménagement » se plaint M. Aïssani dont la commune, qui abrite sur son territoire de grands établissements hôteliers, ne s’enrichit pas de la taxe de séjour prélevée principalement de l’activité hôtelière. « Entre 150 et 200 millions de centimes » selon notre interlocuteur. Rien que cela. La commune de Melbou, elle, ne touche aucun sou, selon son P/APC, M. Allouti, et ce n’est pas faute de compter sur son territoire un hôtel. Avant sa réévaluation par la loi de finance, la taxe de séjour est applicable sur la base de 60 DA par famille séjournant dans un hôtel, camping ou autre établissement d’accueil. Par personne, c’est 25 DA a décidé une délibération de l’APC de Melbou.

Cette taxe, grevée d’affectation spéciale, est applicable aussi sur les camps de toile dont la gestion a été transférée ces dernières années des communes vers les Domaines. Les APC se sont vu ainsi déposséder d’une source de financement. Si Tichy n’a pas de camps de toile, Boukhelifa réclame le terrain du club hippique pour pouvoir en compter un et Melbou risque de voir disparaître, avec la création de la ZAT, zone d’activités touristiques, les quatre qui lui reste. Les camps de toile basés sur les terrains privés de l’Etat sont gérés par les Domaines qui les met en concession. Cette année, ils ont élevé la barre : 146 DA le mètre carré. Ce qui a provoqué une levée de bouclier chez les APC. « Exorbitant » a-t-on crié. L’APC de Melbou, par exemple, a mis en concession un camp de toile, il y a trois ans, sur la base de 120 DA le mètre carré. A 146 DA, elle réfléchira à deux fois avant de soumissionner. « À ce prix, nous ne sommes pas preneurs » annoncent des P/APC qui estiment que l’aide que leur doit l’Etat appelle une concession au dinar symbolique.

K. Medjdoub

 

Absence pesante des industriels et les organismes publics

Parce que le « tourisme est l’affaire de tous », la direction du Tourisme de la wilaya a pris l’initiative de solliciter la contribution des industriels de la région pour aider à poser les premiers jalons du professionnalisme sur nos plages. M. Haddad, directeur du tourisme, nous en explique les contours : « On a jeté notre dévolu sur les industriels qui font dans l’agroalimentaire soit une activité apparentée et tout à fait adaptée à la plage. Nous les avons sollicités pour qu’ils viennent vendre leurs produits en détail et nous garantir l’esthétique de la des lieux où ils s’installent, les prix et la qualité de la prestation. On a besoin d’eux pour donner l’exemple aux autres, les jeunes qui viennent vendre des produits chers, sans la qualité et dans des baraques inesthétiques. On voudrait chasser la médiocrité par la qualité ». Intéressés, les industriels ont leurs conditions : pouvoir rentabiliser leurs installations. Pour cela, une concession d’au moins deux ou trois années est nécessaire. Aussi, il faudra régler le problème des plages non électrifiées pour permettre de faire fonctionner leurs équipements de froid. « Cette année, nous avons l’adhésion de 5 ou 6 industriels. En plus ils sont d’accord pour engager des jeunes issus de la commune. On leur a cependant suggéré de venir en groupe pour éviter une dispersion sur les plages » nous apprend M. Haddad.

La direction du tourisme s’est aussi tournée vers les organismes publics, que sont Sonatrach, Naftal, Sonelgaz, ADE et le port, leur demandant un coup de main. Il est espéré d’eux de s’impliquer dans la mise en place de petits équipements comme les cabines de douches, de déshabillage et de cordage pour balisage de la plage. Cela pourrait cadrer avec leurs plans de marketing. « Ils nous ont répondu qu’ils doivent s’adresser d’abord à leur tutelle. Sonatrach et Naftal l’ont fait et nous attendons la réponse » affirme notre interlocuteur. Attitude plutôt timorée. Pour M. Haddad, il n’y a pas de doute sur la faisabilité de l’opération : « Je sais qu’à Aïn Temouchent et dans d’autres wilayas, ils l’ont fait. Ce sont des organismes publics qui viennent équiper les plages ». « Se ce professionnalisme ne s’installe pas sur les plages une bouteille d’eau minérale coûtera 100 DA » répond M. Haddad à notre question sur la cherté de la vie dans les villes côtières. Pas encore à 100 DA, mais sur certains points de la côte bougiote, une bouteille d’eau s’est vendue à 50 DA. « Ce n’est pas des prix affichés, c’est du vol » dénonce notre interlocuteur qui considère, à propos, de la cherté, que Béjaïa est au même niveau qu’Oran, Alger ou Annaba.

La question que se pose plutôt le directeur du tourisme est de savoir comment remédier à une situation anarchique. « On demande aux communes de ne pas donner d’autorisation à n’importe qui mais elles le font. Le squat et une qualité décadente sur les plages prennent des dimensions extraordinaires. Les communes ne nous ont pas fait parvenir à ce jour les résultats des concessions des solariums et des points de vente » énumère-t-il. Quant à parler du tourisme dans ses multiples facettes, c’est une autre paire de manche.

K. M.

in El Watan économie

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